Ethnie Thuni

L’ethnie Thuni – de leur vrai nom « Téguéssé » – se situe actuellement derrière Kampti dans le Sud-Ouest du Burkina Faso. Leur territoire était plus vaste mais ce peuple s’est recroquevillé au fur et à mesure du temps qui passe. Très discrets, leur culture est très peu connue. Actuellement il ne reste que 14 villages et 2000 personnes vivant sur place. De nombreux Téguéssés vivent en dehors de la zone et ont pu faire carrière notamment dans la fonction publique mais bien peu reviennent s’installer au village à leur retraite.

LEUR HISTOIRE

Les Thuna restent très discrets sur leur histoire. Ils sont venus du Ghana et se sont installés au Burkina Faso à Gaoua et environs, en provenance de Balbili. Ce sont les premiers habitants de la ville de Gaoua, ils étaient présents avant les Lobi et les Dagara. Certains pensent qu’ils sont très proches d’ethnie de la Côte d’Ivoire.

Le nom « Thuni » a été attribué par l’ethnie Lobi, les Thuna disent eux-même s’appeler Téguéssé. C’est un peuple pacifique qui n’aime pas la guerre, mais leurs traditions exigeaient qu’ils ne se mélangent pas avec les autres ethnies. Si les Lobi arrivaient dans une localité, les Thuna se déplaçaient et s’enfonçaient de plus en plus loin en brousse.
Il leur a été longtemps interdit de frayer avec une autre ethnie ; une jeune fille ou un jeune homme ne pouvait pas se marier avec une personne d’une autre ethnie sous peine d’être définitivement banni. De même il était interdit de changer de religion. L’ethnie a longtemps refusé le moindre changement dans leur univers comme la construction d’écoles ou de CSPS (dispensaire). Les temps ont changé mais cela explique sans doute la perte de territoire et de population des Téguéssés.

La zone actuelle de l’ethnie Thuni s’est réduite à 14 villages dont voici les noms : Bakoulona, Niolka, Kilingbara, Latara (Wilintara), Difitara, Wèwèrèra, Indou, Tièmana, Pkarintara, Gnelintara, Tomana, Kotikora, Suiho, Kounkan.

Mais la zone d’origine des Téguéssés était nettement plus vaste et de nombreux noms de villages autour de Gaoua seraient d’origine Thuni (même si les Lobi ne sont pas toujours d’accord). Ainsi :
– le village de Orban : la colline rouge,
– Worbo : le village sur la colline
– le village de Dudu : où se trouvent les fantômes 
– le village de Longonsso, en Téguéssé « Loron-kaso » ce qui signifie la maison des Lorons qui regroupe la grande famille téguéssé.
– Le village de Sanwara est construit sur une colline. Quand une perdrix s’envole, on dit en langue Téguéssé « Sanhan-wère », ce qui veut dire « la perdrix descend ».

Au niveau coutumier, les propriétaires terriens restent les Téguéssés. Dès qu’il y a un problème lié aux sacrifices dans la zone de Gaoua, il est impératif de faire appel aux féticheurs Téguéssés.

L’ORGANISATION SOCIALE

Les Téguéssés sont organisés en système clanique comme les Lobi leurs voisins : c’est à dire que la culture et les traditions ne sont pas gérés par une hiérarchie mais par la coutume et ceux qui la gère. Chaque clan a un chef de clan qui rassemble la grande famille. Les clans portent un nom correspondant aux noms de famille :

  • Ségboudoukpa-siabo (famille Sib)
  • Glabo-genbo (Famille Noufé)
  • Kambribo (famille Kambiré)
  • Folmano (Famille Palé) etc….

On rentre également des noms de familles comme Diane, Da, Hien (noms rencontrés également chez les Dagara, les Birifor ou les Lobi). Traditionnellement, les Téguéssés sont des agriculteurs, éleveurs. On y trouve également des guérisseurs et des forgerons.

Si le clan est dirigé par le chef de famille, l’ethnie Thuni adopte le même type de matriarcat que les Lobi à savoir que l’enfant prend le nom de la mère. Si l’enfant rencontre un grave problème ce sont les parents de la mère qui s’occupe de l’enfant.

Il y a encore peu de temps, c’étaient les parents qui choisissaient la femme pour leur fils. Et c’est l’oncle en général qui donnait sa nièce en mariage. Cela se matérialisait par un acte de reconnaissance à l’endroit du beau-père : le jeune homme devait travailler dans le champ du beau-père pendant au moins 4 ans. Il s’agissait de savoir s’il était vaillant et si la future mariée pouvait être sûre de toujours pouvoir manger à sa faim. Cela reste rare de nos jours.

Les prénoms des enfants sont hiérarchisés comme chez les Lobi.
la première fille s’appellera Yéri, la deuxième Oho, puis Ini ….
Chez les garçons on aura : Sié, Sansan, Ollo, Bébé, Tho

La femme donnait son nom à l’enfant et pouvait également hériter (C’est très rare dans les autres ethnies, à part les Lobi qui ont le même mode d’organisation), sinon elle était cantonnée dans son foyer à faire les tâches ménagères et semer dans le champ de son mari. Elles portaient le labret (inclusion de bois au-dessus de la lèvre), une femme sans labret n’était pas considérée, et n’était pas convoitée. Le labret a quasiment disparu.

Les personnes âgées ont toujours été mises en valeur : homme comme femme. Ce sont la garants de la traditions et ils sont toujours consultés. Ils garantissent un équilibre en matière d’éducation à la tradition, le savoir vivre en société et apprendre les valeurs morales. Ce sont les sages et une bibliothèque vivante pour la jeunesse.

LES TRADITIONS

Les Téguessés pratiquent l’initiation tous les 7 ans (le Boraka). Il convient d’installer un fétiche avant d’aller se faire initier.
La dernière initiation s’est déroulée en 2020. Tout le monde est concerné par cette initiation. L’accent est mis sur les jeunes gens non initiés . Après l’initiation le jeune va changer de nom et confirme ainsi son appartenance à l’ethnie et à sa tradition. L’interdit principal vient du rituel de l’initiation. Un initié ne doit jamais dire ce qu’il a vu ou fait pendant l’initiation. Si jamais il trahissait sa parole, il mourrait sur le champ.

Il n’y a pas longtemps, tous les Téguéssés étaient adeptes de la religion traditionnelle et gardaient jalousement leurs secrets. De nos jours, certains Téguessés se sont convertis soit à l’Islam, au Catholicisme ou au Protestantisme. Mais la religion majoritaire reste traditionnelle. Ils ont en commun les mêmes rituels.

Les féticheurs et les charlatans sont chargés de les orienter vers les cultes. Le charlatan soigne les malades. Un Téguessé se soigne également par les plantes considérant que seule la nature peut les soigner et résoudre leurs problèmes. Ils n’aiment guère aller au dispensaire.

Les problèmes du quotidien et de la terre sont réglés par un « chef de terre« , choisi par les sages du village, il gère les sacrifices de purification. On l’appelle « Bourtossé« .

LE QUOTIDIEN

La case est bâti par les hommes et des maçons traditionnels. Les murs sont en banco (mélange de terre argileuse et de paille).

La nourriture traditionnelle est à base de tô comme toutes les autres ethnies.

Les enfants jouent à cache-cache. Les petits garçons jouent à simuler la chasse tandis que les filles chantent en cherchant à s’attraper les unes les autres (« Honyé« ).
Les enfants vont dans l’ensemble à l’école. La première école construite était à Latara puis sont venues les écoles de Niolka, Kounkana, Dindou.
Il y avait même une école en langue téguéssé à Gnelintara.
Le soir on se réunit autour du vieux qui apprend les valeur et les traditions. On peut jouer aux devinettes.
Exemple : « A koo tewi ya ? » ce qui veut dire : « Est-ce qu’il mange la chèvre ?« , c’est à dire, « est-ce que mon interlocuteur comprend ma langue ?« 

PARLEZ VOUS LA LANGUE TEGUESSE ?

  • Bonjour le matin : Iboo
    réponse : Wou dèè
    « midèè ahoudèè, togborko dèè ? » comment va ta santé ?
  • Bipo = l’enfant
    Woorako = la maison

ET MAINTENANT ?

Une forme de modernisme est parvenu dans les villages thuni : écoles, dispensaires, lieux de cultes non traditionnels… Les anciens ont compris que leur ethnie était en train de disparaître et les fétiches ont été d’accord pour assouplir leurs interdits.

Cette ethnie méconnue est souvent assimilé à une sous-ethnie Lobi, alors qu’ils étaient sur place avant eux. Les Téguéssés comprennent le lobiri mais ils ont leur propre langue et leur propre culture.

Enquête réalisée par Romaric Palé, membre de Synergie Burkina, auprès de monsieur Diane Ollo Djilhinè, instituteur originaire du village de Kilinggara, actuellement sur la commune de Kampti