Le français populaire au Burkina Faso

Le français est la langue officielle du Burkina Faso avec trois langues nationales : le moore, le dioula et le fulfuldé. Lenseignement dans les écoles se fait en français, langue qui se parle plus en ville quen brousse. Avec le temps, les Burkinabè ont fini par développer des expressions en français très imagées. Par exemple :

  • Prendre les gens pour des nez percés : prendre les gens pour des naïfs, des imbéciles.
  • Le bureau politique : le popotin
  • Uriner secouer : être libre
  • Se faire tailler le crayon : se faire circoncire

LE TRAVAIL LE COMMERCE

  • L’appareil est gâté : l’appareil ne fonctionne plus, il est en panne
  • C’est 100 francs,  100 francs : c’est 100 francs chaque ou chacun
  • Ce n’est pas encore arrivé : se dit d’un fruit pas encore mûr (traduction littérale du Dagara)
  • Il n’a pas bougé d’un mètre : il n’a rien fait
  • Un collage : une réparation d’une crevaison
  • Grever : faire grève
  • Des jetons : des pièces de monnaie
  • Des tapettes : des tongs
  • Rebeloter : refaire recommencer
  • La descente : fin du service, fin de la journée de travail
  • Le bidon : la bouteille d’eau
  • Restaurant par terre : petit restau dans la rue
  • Un vulcanisateur : un petit garagiste qui colle les chambres à air des motos ou des vélos
  • Désolé le pays est sur répondeur : le pays est en crise financière, ne fonctionne plus
  • C’est la transition : demander de l’argent en faisant comprendre que la situation est difficile en ce moment
  • Il t’a égorgé : il t’a vendu cher
  • Les policiers du maire : les policiers municipaux
  • Le magasin par terre : un vendeur des rues
  • Unités : unités de crédit pour téléphone portable
  • Un tas de tétanos : un tas de ferraille (moto, auto…)
  • Un sachet noir : un poulet grillé livré dans un sachet en plastique noir
  • Ventre bourré : illicite, illégal, volé
  • Môgô puissant : un homme puissant
  • Chinotock/sinoizéri : produits de mauvaises qualités (provenant souvent de Chine)

LANGAGE DE POLITESSE

  • Bonne arrivée : bonjour, bienvenue
  • Bilaner : donner des nouvelles
  • Je vais vous demander la route : je vais prendre congé de vous
  • Je vous donne la moitié de la route : j’accepte votre départ mais il faudra revenir
  • Bonne traversée : bon voyage
  • Je te suis : je suis d’accord avec toi
  • Je te dis ! : tout à fait, exactement !
  • On dit quoi ? C’est comment ? : Comment çà va ? quelles sont les nouvelles ?
  • Le séjour n’est pas ennuyant ? : le séjour n’est pas ennuyeux ?
  • Je pars-revenir : le fais l’aller et retour
  • Mon coeur est gâté, mon coeur est en panne : je ne suis pas content
  • Je suis en train de me lancer : je suis en train de partir
  • Mon temps est devenu petit : je n’ai plus le temps
  • Quelle est votre monture ? : quel est votre moyen de locomotion : voiture ou moto ?
  • Piéter : aller à pied
  • On est là : réponse après « comment çà va ? » ou bien « quelles nouvelles » ; se dit quand globalement cela ne va pas très très fort mais il y a pire
  • Façon façon : bizarre
  • Remorquer quelqu’un : prendre quelqu’un sur son porte-bagage
  • Zéro pointé : nul

SORTIR S’AMUSER

  • Il va tango-tango : il a trop bu, il titube
  • Je vais boire une sucrerie : du coca-cola, du Fanta…
  • S’ambiancer : faire la fête
  • Maquiser : aller danser au maquis (petit bar de quartier où on peut boire, manger et danser le soir)
  • Cenpater : faire les cent pas
  • Magasiner : faire les magasins
  • Goder : boire unverre
  • Ils ont organisé un chaud (show) : ils ont organisé une fête entre amis, ou la danse
  • Bisser : repayer une tourner
  • Bisser la bibine : payer la tournée de bière
  • Boisson bien tapée : boisson bien fraîche
  • Petit poto : boire la bière à deux
  • Un JB : un whisky
  • Une occasion : faire de l’auto-stop contre rétribution
  • Jus : un « jus » est un jus de fruits ou de bissap, ou un jus de liane ou …
  • Le goudron : la route bitumée
  • Un carton : une cartouche de 10 paquets de cigarettes
  • Etre en circulation : circuler en voiture
  • S’enjailler : s’amuser, se faire plaisir (issu de « enjoy »)
  • Coince-moi ta cigarette : donne-moi le restant de ta cigarette
  • Une fille à quatre pattes : une fille légère, frivole
  • Une voleuse de mari, ou une arrache-mari : une jeune fille ou femme qui sort avec un homme marié
  • L’ampoule rouge : une chambre de passe
  • Apporter un sachet noir : apporter quelque chose à manger (poulet, poisson…)
  • Côté moteur : une boisson bien frâiche
  • Poulet télévisé : un poulet qui cuit dans un four vitré comme un écran de TV
  • Une flaguette : une petit bière de la marque « Flag »

RAPPORTS SOCIAUX ET RAPPORTS FAMILIAUX

  • On t’a bien miné : on t’a coincé
  • On t’a cimenté : idem
  • Je vais feinter : je vais faire attention
  • C’est ton pied mon pied : je te suis partout
  • Je me cherche : je ne suis pas réveillé, j’ai des soucis
  • Il est né face de cuillère : il est né dans la pauvreté
  • Il est né avec une fourchette en argent dans la bouche : il est né riche
  • Tu te zabaisses : tu t’humilies, tu te rabaisses
  • Tu n’as pas tête : tu es fou
  • Il t’a mangé : il t’a eu
  • Ton femme n’est pas bon, elle te coquine : ta femme te trompe
  • Tu es coco (prononcer côw côw) : tu es un profiteur, un escroc
  • Moquement, moquage : moquerie
  • ça me sucre le coeur : cela me réjouit
  • Tu coinces la mine : tu fais la « gueule »
  • Bouffer: détourner de l’argent
  • Le 2ème bureau : la maîtresse entretenue d’un homme marié
  • Un faux type : une personne douteuse, malhonnête
  • Fréquenter : on fréquente une école
  • Gagner : avoir, mais se dit par exemple d’une femme qui vient d’avoir un bébé, « elle a gagné »
  • Vous êtes invité : terme de politesse lorsqu’on croise quelqu’un en train de manger, il vous dira « vous êtes invité » (et on répond : bon appétit)
  • Une Ma-Soeur, un Mon-Père : une religieuse, un prêtre
  • J’ai avalé : j’ai oublié
  • Tu n’as pas tête : tu es fou
  • Le certificat de respect : se dit à Ouagadougou pour le port de la barbe et/ou de la moustache
  • Torche-moi ! : éclaire-moi de ta torche !
  • VDV ou VDB : « venu directement du village », ou « venu directement de la brousse ». Expression peu gentille synonyme de « bouseux » ou « cul terreux », se dit à Ouagadougou pour ceux qui débarquent de la brousse.
  • Il ne sent pas : il est fatigué, il est malade
  • C’est quoi même ? : Qu’est-ce qu’il y a  ?
  • Il n’y a rien en face ou bien il n’y a pas de yele : il n’y a pas d’obstacles, il n’y a pas de problème
  • Faire tampon : Faire un « check », cogner les poings  entre deux personnes qui se saluent
  • Il est branché : il a beaucoup de relations, il a un bon carnet d’adresse
  • Il est véhiculé : il possède une voiture
  • Ne mange pas ton piment dans ma bouche : ne me rend pas responsable ou coupable
  • C’est un tireur d’élite : c’est un dragueur
  • Les enfants du procureur : les mineurs (moins de 18 ans)
  • Il m’a fermé : il m’a oublié, il ne m’appelle pas
  • Il a les feuilles, il a le gombo : il est riche, il a l’argent
  • J’ai des pétards : j’ai des problèmes
  • Tu as des fausses sciences : tu as un comportement qui ne me plait pas
  • C’est une douanière : c’est une fille qui soutire de l’argent aux hommes
  • Un homme mouton : un homme qui obéit bêtement aux ordres de sa femme
  • Elle n’a pas de foyer : elle est célibataire
  • Tu veux me lingilingi : tu veux me trahir
  • Tu es choco : tu es beau, belle, à la mode
  • Tu es nicolo : tu es bien habillé
  • Tu es tinta, tu es cosweego : tu es un ignorant
  • La mifa : la famille
  • Mon daron : mon papa
  • C’est un Koro : c’est un sage, un ancien, un grand frère
  • Finir avec quelqu’un : le supprimer, le tuer
  • Gbangban : querelle, bagarre, dispute
  • La go : la copine, la jeune femme, « ma go »
  • Kambodgiens : colocataires non déclarés (dans une chambre d’étudiants par exemple)
  • Waké : envoûté, marabouté
  • Nez percé : un naïf
  • Garibou : un mendiant, un clochard
  • Son mézon : sa maison (pour les hommes et pour les animaux)
  • Tailler le crayon : circoncire
  • Cabinet dentaire : mauvaise haleine
  • Prodada : promotion, éloge

EXPRESSIONS DU QUOTIDIEN

  • Waï (traîner sur le -i) : expression qui s’apparenterait à « ho la la »
  • Yèè ? : quoi ? que dis-tu ? ce n’est pas possible !
  • Dèh : intraduisible, se met dans une phrase pour ponctuer par des « hein », « n’est-ce pas » cela appuie la parole
  • Kia kia kia : on trouve ce terme souvent dans les réseaux sociaux. Cela pourrait se traduire par « lol », ou « mdr » ou « ha ha ha »
  • Hé…. (suivi d’un nom propre ou d’un nom commun) : sonne comme un reproche, ou une surprise, voire une dose de fatalisme
  • Bon : (bien laisser traîner le booon). Se dit en réponse à une question. En général commencer la réponse par ‘booon » est mauvais signe. Cela veut dire que la réponse est plutôt négative, un peu gênée : « on n’a pas eu le temps », « cela n’a pas pu se faire », « il y a eu des problèmes »….
  • Bréfer : dire souvent « bref »
  • Yaa ya boin ? : que se passe-t-il ? C’est quoi ?
  • Yélé : problème

NOTION DE TEMPS

  • A partir de 15h00, c’est le soit : on dit bonsoir
  • Le soir c’est la nuit : on dit hier nuit
  • Et la soirée : as-tu passé une bonne nuit ?
  • çà fait deux jours : cela fait longtemps (plus de deux jours)
  • çà fait barbe : cela fait très très longtemps
  • Durer : durée d’un séjour ; « j’étais à Ouaga, j’ai duré 15 jours »
  • Untel dans son avant : Un tel il y a de nombreuses années, dans sa jeunesse
  • L’année surpassée :  l’année avant l’année dernière ; il y a deux ans
  • Wassa Wassa : rapidement, en un clin d’oeil
  • Jusqu’àààà : très longtemps
  • Calé barré : installé de manière inamovible

LE QUOTIDIEN

  • Je n’ai plus le temps de battre ma femme : je n’ai de temps que pour les choses urgentes
  • Sap-sap : rapidement (mais c’est aussi un mode de transmission d’unités téléphoniques portable à un autre téléphone portable)
  • Un condiment : un légume
  • Un produit : un médicament (sous entendu : un produit pharmaceutique)
  • Aurevoir la France ou France aurevoir : du matériel d’occasion ramené d’Europe (voiture, réfrigérateur, habits, vaisselle…)
  • Un six mètres : un pâté de maison
  • Se pincer : prendre rendez-vous
  • Un tais-toi : un billet de 10 000 francs cfa
  • Chosiner : faire quelque chose
  • C’est un peu un peu : petit à petit
  • Je vais faire chauffer l’eau chaude : pléonasme directement traduit du mooré et du dagara
  • Je vais me laver à l’eau : idem
  • Un bâton : une cigarette (s’achète en paquet ou à l’unité)
  • Préparer : faire la cuisine, faire à manger
  • Il se débrouille : il gagne sa vie vaille que vaille à travers des petits boulots
  • Il se cherche : il est dans la dèche, il a peu de moyens et cherche du travail
  • çà va nous arranger : se dit quand on propose une aide qui sera très bienvenue
  • C’est propre : c’est un travail impeccable, c’est correct, c’est une personne honnête, cela fonctionne bien
  • Lalalation : se dit du babil d’un tout petit ou lorsqu’on chante en faisant « la la la »
  • Un entrer-coucher : un logement d’une seule pièce (pour un deux pièces on dit « une chambre-salon »)
  • Célibatorium : cour dans laquelle on trouve un bâtiment d’habitations avec des logements petits donc uniquement pour célibataires. NB de nombreux fonctionnaires sont nommés loin et passent la semaine loin de leur famille et louent un « entrer-coucher » dans un célibatorium
  • C’est caillou : c’est difficile (manger caillou : ne rien avoir à manger)
  • C’est niok niak : c’est nul, de mauvaise qualité, minable
  • Piment garçon, ou bien café garçon : du piment ou un café fort, très relevé, pimenté, concentré
  • Un non-loti : un quartier périphérique de grandes villes, non loti, à la limite du bidonville
  • Une africaine à la peau blanche : une femme ou jeune fille qui s’est fait dépigmenter la peau
  • Kwaraba : un pot de chambre
  • Les vigiles : les chiens

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