Toriyaba

Dioulasso-ba

Au coeur de la ville de Bobo-Dioulasso, le vieux quartier de Dioulasso-ba (qui signifie “la grande famille des Dioula”) commence à la Grande Mosquée – plus ancien monument du Burkina Faso.
Premier quartier construit, dont les origines remonteraient au XIème siècle, il est également à l’origine du surnom de la ville : Ville de Sya. D’autres études plus récentes feraient remonter le quartier au XVème siècle

D’après la tradition, Sya est le nom d’une femme qui fabriquait du dolo et avait une grande réputation de générosité. Mais l’origine serait probablement plus ancienne. Les environs étaient habités probablement dès le VIIème siècle.
Dioulasso-ba prend l’allure d’un village dans la ville. Il compte plusieurs quartiers différents : les musulmans, les forgerons, les griots et les animistes (qui sont agriculteurs) pour une population d’environ 800 personnes sur une superficie de 15 hectares. Le quartier est bordé des rivières du Houet et du Sanyo, son centre est occupé par une place publique : Wara wara.
L’ensemble constitue trois villages qui portent des noms : Kibidoué, Tougousso et Donoma. Chaque village possède une maison mère, à l’origine du lignage qui l’occupe.
Les deux ethnies principales sont autochtones : Bobo-Dioula et Bobo-Madarè.

Les ruelles des quartiers sont très étroites avec des maisons imbriquées les unes dans les autres voire les unes sur les autres. Les quartiers sont séparés par des voies nettement plus larges. Les bâtiments sont essentiellement construits en banco avec un toit en terrasse en argamasse tenu par des poutres en bois. Il était possible naguère de traverser le vieux quartier en passant par les toits. Actuellement, certaines constructions ne modernisent en installant d’autres matériaux comme les parpaings en ciment et la tôle ondulée.
Les changements climatiques détériorent les constructions traditionnelles qui sont réparées avec des matériaux plus modernes ; néanmoins une prise de conscience de la valeur du patrimoine pousse des associations locales à tenter de conserver et réparer les bâtiments les plus anciens avec du matériel traditionnel.

Les lieux de culte sont nombreux, comme la Grande Mosquée, qui borde le quartier, une chapelle chrétienne bâtie lors de la colonisation, ou encore des lieux sacrés pour les animistes comme les rivières du Houet et Sanyo où on trouve les silures sacrées, symboles de la ville de Bobo-Dioulasso. Les trois religions : Islam, Christianisme et Religion Traditionnelle, cohabitent de manière pacifique.
Ce quartier a su conserver ses traditions de manière étonnante : fête des masques bobo, fêtes lunaires, fêtes commémoratives, lieux interdits par la tradition, fêtes musulmanes, fêtes chrétiennes….


La maison mère ou “maison de Sya” qui daterait du XIème siècle
A droite : vue sur la grande mosquée depuis les terrasses

LE QUARTIER MUSULMAN : c’est dans le quartier musulman qu’on trouve la maison considérée comme la plus ancienne : on l’appelle Maison Konsa ou Maison Mère. Ce serait la maison de Sya, bâtie au XIème ou XVème siècle. Les musulmans sont majoritaires à Dioulasso-ba. Le chef suprême des Bobo-Madarè est lui-même musulman (bien que chef coutumier).

LE QUARTIER DES FORGERONS et LE QUARTIER DES GRIOTS : les forgerons continuent leur travail de fabrication d’instruments agraires et des armes. Mais c’est également dans ce quartier qu’on trouve les bronziers qui tiennent plusieurs ateliers. Ils fabriquent également les instruments de musique. Ils travaillent beaucoup avec les griots.

 

La gestion de Dioulasso-ba reste coutumière, la population en effet reconnait l’autorité du chef suprême des Bobo-Madarè (appelé aussi chef de canton), néanmoins, le vieux quartier est administré par la commune de Bobo Dioulasso et se situe dans l’arrondissement de Konsa.
Loin de se déserter, le quartier de Dioulasso-ba continue de construire et on note une extension du quartier qui atteint désormais les berges du Houet et du Sanyo. Le gros problème du site reste l’assainissement : les eaux et les ordures se déversent naturellement dans les deux rivières où tout s’entasse sans être jamais nettoyé. Les systèmes de drainage ne sont pas régulièrement curés et seule la pente naturelle du quartier empêche les inondations.


Détail de la maison Konsa


Des maisons enchevêtrées encore construite en matériaux traditionnels


Des ruelles étroites et l’apparition de matériaux modernes comme la tôle ondulée


A gauche le four d’une dolotière . A droite les traces d’un sacrifice au fronton d’une maison.


Le quartier des forgerons avec ses associations et ses bronziers
Les jeunes se regroupent en associations pour s’entraider et s’organiser



Dans le quartier des forgerons et des griots on trouve de nombreux grafitti sur les murs des maisons : proverbes, affirmations, panneaux d’associations….  Ainsi chez les griots, il existe “l’association des mangeurs d’arachide“. Créée par des jeunes au chômage, ils tentent de s’en sortir avec l’aide de vieux griots. Le nom vient des réunions où ils discutent : “quand on discute, on mange des arachides.”


Le Sanyo et le Houet bordent le quartier. Ils abritent les silures sacrées.
La population s’y lave et y fait sa lessive, malgré une eau vraiment peu engageante.

A NOTER

 

(Crédit photos : A et B Chalamon)

Quitter la version mobile