Toriyaba

La houe manga

La Houe Manga est une houe destinée au sarclage et labour en terre peu profonde. Conçue à la fin des années cinquante par l’abbé Régis Chaix et ses confrères, elle est toujours d’actualité.

Nous sommes à la fin des années cinquante en Haute-Volta. Les paysans n’utilisent alors que la culture manuelle avec la daba ; cela posait de gros problèmes lorsqu’il fallait sarcler d’urgence à la main les champs de mil envahis par les herbes.
Le projet d’une culture attelée avec un âne paraissait alors une idée curieuse venue de l’étranger. Il a fallu des trésors de patience et d’explications pour prouver qu’un âne et une houe simple pouvait changer le mode de culture ne serait-ce qu’en soulageant la pénibilité du travail.

Dans certains endroits, ce sont les femmes qui ont poussé leur mari à changer de mode de travail. On a pu également constater que les paysans ayant accepté ce nouveau mode de culture sont devenus plus réceptifs à d’autres nouveautés.

LES ORIGINES

Le multiculteur permettait de faire un premier sarclage de la terre de manière rapide et efficace. Il a été testé une première fois en 1957 dans une ferme pilote créée par les Pères Blancs à Saponé à l’aide d’une paire de boeufs, un multiculteur et une charrue. L’expérience a été réalisée sur un terrain d’un hectare en invitant des catéchistes et des paysans à venir voir et essayer le nouvel engin.

Le travail consistait en :

  • Préparer le terrain (labour et culture au multiculteur).
  • Etablir un semis en ligne afin de permettre aux boeufs de passer entre les lignes pour le sarclage.
  • Choisir plusieurs modes d’écartements entre les lignes.

Dès l’année suivante ; 5 paysans ont désirés être équipés. Il a fallu alors étudier de près l’attelage : les boeufs étaient chers à l’achat et l’entretien difficile. Le cheval était cher à l’entretien et plutôt réservé aux chefs ; restait l’âne qui a été adopté après plusieurs essais.

LES DEBUTS

A la fin des années cinquante, aucun commerçant en haute-Volta ne vendait de matériel agricole à traction animale. Le syndicat de matériel agricole en France, contacté par les Pères Blancs, répondit par la négative. Ce type de matériel n’étant plus utilisé en France.
Seules deux entreprises ont répondu favorablement, dont les Etablissements GARD à Potelières, qui avaient déjà fabriqué ce type de houe. Ils ont accepté de fabriquer quelques prototypes et les expédier en Haute Volta pour les tester.
Ce fut le début d’une longue et dévouée coopération entre le développement de la Haute-Volta et les établissements Gard. Le matériel répondait bien aux besoins, mais il était lourd. Il a fallu rapidement enlever une partie des dents et des porte-outils afin de l’alléger.

HARNAIS ET TRAITS

Un deuxième problème restait à résoudre : comment fabriquer des harnais pour atteler les ânes ? Faire venir les colliers de France était trop coûteux et ne correspondait pas à la volonté de faire participer les paysans à ce nouveau mode de culture, or aucun matériel d’attelage n’existe alors en Haute-Volta.

Dans certaines régions de Haute-Volta, les paysans utilisaient une sorte de harnais qu’on appelait la “bricole”, inspirée de modèles européens en cuir. L’idée est venue d’utiliser, suivant ce modèle, de grosses frondes tressées à la main en fil de coton que les paysans utilisaient pour chasser les chèvres lorsqu’elles pénétraient dans les champs cultivés. Cette fronde dépliée et agrandie s’est avérée tout à fait adaptée à harnacher l’âne : souple, solide, quelquefois doublée de kapok. Cette bricole était peu onéreuse puisque fabriquée par le paysan lui-même.
Le collier a été fabriqué en bois et cuir ou bois et toile.

Pendant deux ans, la houe va être perfectionnée et promus, essentiellement auprès des catéchistes qui ont été les premiers à l’utiliser sur la paroisse de Manga.

Dans les années soixante, une dizaine de paysans créé une coopérative de crédit permettant d’obtenir un prêt de 15 000 francs par l’intermédiaire des services agricoles, afin d’acheter le multiculteur et l’âne.
Un centre de formation de jeunes paysans sur la paroisse de Manga, a permis également de former plusieurs générations au maraichage et à la culture attelée (aussi bien dresser et conduire un âne que monter et démonter le multiculteur).

LA HOUE MANGA

1961 : 300 multiculteurs existent en Haute-Volta, lorsque le gouvernement charge une société – la SATEC – de monter un projet de développement de l’agriculture dans le pays. La SATEC fait alors une études sur les actions existantes. Amenée à découvrir l’existence du multiculteur sur Manga, la SATEC décide de lancer une animation afin de promouvoir la culture attelée à traction asine avec le multiculteur utilisé à Manga. Cette action va durer 10 ans et toucher les paysans 100 km autour de Ouagadougou.

LA SATEC

Première saison des pluies, les paysans qui utilisent le multiculteur sont suivis de près par la SATEC. La société s’efforce de quadriller le terrain pour sensibiliser les paysans à ce mode de culture. A noter que nombre d’animateurs sont alors choisis et embauchés parmi les anciens élèves de l’école rurale de Manga.

Outre l’information ; la SATEC adapte l’équipement du multiculteur qui deviendra alors la HOUE MANGA.


La SATEC désire en effet alléger considérablement le multiculteur et les Etablissements Gard acceptent de réduire le poids de 11 kg. Le modèle d’alors est toujours utilisé. Par la suite d’autres outils ont pu être rajoutés : rayonneur, soc buteur, charrue ….
A la fin du projet de la SATEC, 25 000 Houes Manga avaient été importées. L’élan était donné…. Certes, il n’a pas été évident pour tous les paysans de se doter de cette houe : les remboursements n’étaient pas réguliers, quelque fois le matériel était saisi…. Mais 80% des paysans utilisaient ce type de houe.

Puis les paysans ont eux-mêmes amené des améliorations; sollicitant les forgerons locaux pour adapter l’engin aux besoins locaux.

DESCRIPTION

La HOUE MANGA est multiculteur adapté à la culture subtropicale. Deux modèles existent :

  • Modèle 7 dents pour traction bovine (peu tulisé maintenant car trop lourd)
  • Modèle 5 dents pour traction asine plus léger et largement utilisé.

La Houe Manga se compose de :

  • Un bat extensible en tubes carrés montés en forme de triangle
  • Une vis de blocage assure une rigidité parfaite du cadre, à l’écartement voulu.
  • Les mancherons directement vissés sur le tube central.
  • 5 dents ressorts flexibles fixés par boulons sur le bat en tube.

Les dents sont incassables grâce à leur courbure, et orientables suivant la largeur du travail.
La roue avant permet de régler à volonté la pénétration des ressorts au moment de la culture.

Plusieurs accessoires peuvent être adaptés : des socs réversibles, des soc s sarcleurs ou des corps buteurs spéciaux (indépendants l’un de l’autre), peuvent se fixer sur les dents ressorts, des tubes de 2,30m peuvent se fixer sur le châssis de la houe…. Un corps de charrue peut être fixé à la place des dents ressorts.

La houe manga à 5 dents possède :

  • Une largeur maximale de travail de 0,60 mètre.
  • Une longueur Horstout de 1,64 m
  • Une garde au sol de 30 cm
  • Un poids de 24 kilos.

Article écrit grâce à l’aide et aux écrits de l’abbé Régis Chaix, propriétaire des schémas et des photos

Voir l’article sur l’abbé Régis Chaix

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